La plupart des gens qui viennent à Sighișoara arrivent pour une journée depuis Brașov. Ils montent à la citadelle, prennent une photo devant la Tour de l’Horloge, trouvent la maison où Vlad Țepeș serait né, mangent quelque chose, et repartent en fin d’après-midi.
Ils ont vu Sighișoara. Ils n’ont juste pas pris le temps de la laisser exister.

La ville a une qualité particulière : plus silencieuse que sa réputation, plus habitée que sa version carte postale. Un rythme qui vous ralentit, que vous l’ayez prévu ou non.
Ce n’est pas une ville que l’on comprend en quatre heures. C’est une ville qui se révèle quand les bus de touristes sont partis.
La citadelle
La citadelle de Sighișoara est un de ces endroits qui vous amène à vous demander comment quelque chose d’aussi vieux existe encore. Pas comme un musée. Pas comme une reconstruction. Comme un quartier vivant où les gens font vraiment leur lessive, promènent leurs chiens et se disputent pour une place de parking.
Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1999. Pas qu’elle en ait eu besoin.

Elle est habitée en continu depuis le XIIe siècle. Ce n’est pas un détail pour un livre d’histoire. C’est quelque chose que l’on ressent en marchant dans ses rues, le poids particulier d’un lieu qui n’a jamais été abandonné, jamais remis à zéro, jamais réinventé pour le tourisme.
La plupart des villes médiévales sont devenues des musées. Celle-ci est l’exception.
La Tour de l’Horloge
Tout le monde la photographie d’en bas. La rue pavée en pente, la tour qui s’élève au-dessus, les toits de la ville basse en arrière-plan. C’est une belle photo. Vous l’avez vue mille fois avant même d’arriver.

Ce que personne ne vous dit, c’est que la place sur laquelle elle se dresse est tout aussi intéressante que la tour elle-même. Des siècles de commerce, de disputes, d’exécutions et de célébrations se sont déroulés sur ces mêmes pavés. Les gens s’y retrouvent depuis le XIIIe siècle : pour les marchés, pour la justice, pour la simple raison que c’était le centre de tout.
La tour a tout vécu.
Prague a son horloge astronomique. Sighișoara a ceci. L’une attire des millions de visiteurs. L’autre vous laisse vous tenir devant elle.
La plupart des visiteurs lèvent leur appareil photo et passent à autre chose. La place les regarde partir, comme elle a regardé partir tout le monde depuis sept cents ans.
Le mythe Dracula
Oui, Vlad Țepeș est né ici. La maison est toujours debout. Vous pouvez la visiter, y manger, acheter un aimant.
C’est à peu près tout ce que la connexion avec Dracula implique.
Vlad III était un prince valaque du XVe siècle connu pour avoir empalé ses ennemis, une pratique qui, selon les standards de la guerre médiévale, n’était pas particulièrement inhabituelle. Bram Stoker a emprunté son nom pour un roman écrit en 1897. Il n’a jamais visité la Roumanie.
Le vampire n’a rien à voir avec Sighișoara. L’histoire, si. Et l’histoire est bien plus intéressante que n’importe quel mythe inventé par un romancier victorien par un jour de pluie en Écosse.
L’erreur
Le dernier bus de touristes part vers 16h. Les visiteurs à la journée suivent peu après. En début de soirée, la citadelle est à vous.
C’est à ce moment que Sighișoara devient tout autre chose. Les pavés cessent d’être un décor pour les photos et redeviennent simplement des pavés. La lumière vire à l’or, puis à l’ambre, puis à ce bleu qui n’a pas de nom en français. Quelque part à proximité, quelqu’un prépare le dîner. Un chat traverse la rue avec l’assurance d’un animal qui possède cet endroit depuis des siècles.

Personne ne joue plus un rôle pour vous. La ville est simplement elle-même.
C’est ce que la plupart des visiteurs ratent. Pas la Tour de l’Horloge, pas les remparts de la citadelle, pas la vue depuis le sommet de la tour. Le moment où Sighișoara cesse d’être une destination et devient un lieu.
Ça vaut la peine de rester un peu plus longtemps.
Avant de partir
Sighișoara est assez petite pour voir les principaux sites en une journée, mais ce n’est plus vraiment l’enjeu, n’est-ce pas.
Si vous venez de Brașov, le trajet en voiture est d’environ 90 minutes. Les trains circulent régulièrement et prennent environ 2 heures, plus lents, mais plus honnêtes sur le paysage.
Restez au moins une nuit à l’intérieur de la citadelle si vous le pouvez. Booking.com propose une bonne sélection de maisons d’hôtes dans les murs. Se réveiller là avant l’arrivée des visiteurs à la journée est une expérience véritablement différente.
Pour des visites guidées de la citadelle, GetYourGuide liste ce qui est disponible.
La meilleure période pour visiter dépend de ce que vous cherchez. Le printemps tardif et le début de l’automne sont les moments idéaux. L’été amène les foules. L’hiver amène l’atmosphère.
Une dernière chose
Sighișoara n’est pas un endroit compliqué. Vous n’avez pas besoin d’un plan, d’un guide ou d’une liste de choses à voir.
Vous avez juste besoin de plus de temps que la plupart des gens ne lui en accordent.
Restez une nuit de plus. Parcourez la citadelle le matin avant que quiconque ne soit levé. Asseyez-vous sur la place quand c’est calme. Laissez l’endroit être ce qu’il est vraiment, pas ce qu’une excursion à la journée lui permet d’être.
Ça en vaut la peine.
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